07/06/2019 : Partages & Cordes

« Accepte ce qui est, laisse aller ce qui était, et aie confiance en ce qui sera. » – Bouddha.

J’aurai du vous écrire mon troisième article concernant la pause D/s.
Mais il me faudra un peu de temps pour le terminer, et avant cela, je voulais vous partager ma première expérience de suspension par les cordes.

Ma douce amie Alya (qui fut un temps Neytiri pour celles et ceux qui me suivent depuis longtemps, et dont vous retrouverez nos récits conjoints ici ou ici ) m’a proposée de l’accompagner à une soirée « Share Ropes & Other »

J’ai appréhendé, j’ai observé, et finalement, je me suis lancée… Et en voici le détail, chargé d’émotions, de ressentis divers et variés.

L’appréhension

« Pourquoi ? « me diriez-vous?
Dans un premier temps, bien qu’ayant eu Son « aval » pour m’y rendre, c’est un moment que j’aurai souhaité partager avec Lui également, et je me doutais que je ressentirai Son absence.
Je n’avais pas peur des A/autres non. J’avais peur de ressentir ma solitude.
Je n’avais pas peur de ce que j’allais voir, ni de ce que j’allais découvrir. Je suis de nature curieuse, un brin voyeuse, et j’ai toujours aimé les cordes.
Mais j’avais peur des émotions que j’allais pouvoir ressentir. Et il y en a eu bon nombre.

J’étais donc à la fois excitée par l’aspect nouveauté de la chose, rassurée de la présence de mon amie Alya à mes côtés, et inquiète de la façon dont j’allais réussir à traverser cette soirée.

L’observation:

Nous sommes arrivés dans un endroit convivial: tables en extérieur où boissons et plats maisons nous attendaient. Les convives se tenaient tous autours, dans une ambiance détendue et assez informelle, ce qui m’a permis de rapidement me détendre, après avoir fait les présentations d’usage.

Notre hôte nous invita à faire le tour de la propriété: ici un espace de détente et loisirs (billards, bar…) et à l’étage une belle salle aux poutres impressionnantes toutes équipées de crochets en vue de suspension. Une musique douce et invitant à la détente raisonnait déjà dans la pièce.

Au cours de l’apéritif dînatoire, j’ai entamé la conversation ici et là, certains de mon univers, d’autres ici pour découvrir… et j’ai aimé la fluidité des échanges qui m’a mise à l’aise pour entamer la suite de la soirée.

La nuit venue, nous sommes montés à l’étage afin d’entamer quelques sessions de cordes, et découvrir pour certains leur talent, ou d’autres perfectionner le leur. Chacun prodiguant conseils et bienveillance à l’autre si nécessaire.

J’observais ainsi Lady Dae, jouant de Ses cordes avec aisance, privant son sujet de liberté de mouvement du corps pour lui offrir la liberté de l’esprit.
Pendant ce même instant, j’avais le plaisir d’être celle sur qui Alya faisait ses armes : j’ai été extrêmement touchée de son choix de cordes, que je sais, à mon attention: d’un vert bouteille profond, une couleur que j’affectionne réellement. Merci ma douce.
Quelques tâtonnements (délicieux…sourires) avant que de ne réussir à m’encorder au sol, ficelée bras dans le dos. J’ai, j’avoue, adoré que ce soit elle qui me lie de la sorte en premier. Comme si il me fallait cela pour pouvoir avancer vers autre chose après. Mon laissé passer.

J’ai aimé le temps passé à la regarder étudier chaque nœud, chaque position de telle ou telle corde. Ses doutes, ses interrogations: nous avancions ensemble, en amies complices que nous sommes. Et je sais que nous renouvellerons encore cet apprentissage que nous ferons ensemble.


Peu préparée physiquement avant la soirée pour ma part… la position que je tenais me valu une crampe au pied… Merci à Morphée Kinbaku pour son encordage magique qui m’a soulagée quasiment de suite (Alya, à retenir je pense que cela peut-être utile à l’avenir…sourire)

Puis, vint le temps d’observer alentours qui encordait qui, et comment. D’apprécier l’art, la technique, la gestuelle. Je regardais un peu tout à la fois, ici et là. Les complicité, les échanges…
Puis vint le moment où Alya entra dans les cordes de Lady Dae.
Mon esprit était déjà assez lourdement chargé d’émotions à cet instant… j’avais le coeur lourd de réaliser combien cela me manquait, combien sentir Ses cordes me manquait, combien sentir N/notre lien me manquait.

Et voilà ma douce Alya qui s’installe. Lady Dae joue habillement de ses cordes sur elle. Les noeuds se succèdent, les entraves prennent place… à mesure que je la vois encordée, ma respiration s’accélère. Je ne parle pas d’excitation, mais bel et bien de connexion. Il y a déjà longtemps qu’elle et moi avons cette affection, et je sais que je le Lui dois à Lui aussi.
Des images me reviennent de ce que N/nous avons vécu et traversé ensemble, de tous ces moments où elle a été à mes côtés, et moi aux siens, et encore aujourd’hui.

Je détourne le regard, quelques minutes, pour essayer d’évacuer, de respirer, de me poser ailleurs, de porter mon attention sur quelque chose ou quelqu’un qui véhicule moins d’images de ce que j’ai connu, ne sachant pas si je les retrouverai… Cette pause… déjà plus de 6 mois qu’elle s’installe… je m’accroche à toutes ces petites choses qui me laisse espérer… certains de Ses gestes, attitudes. Ces portes qu’Il ne me ferme pas.
Mes yeux se posent alors sur un couple à ma gauche… Tant de sensualité, de douceur dans leurs gestes, tout en voyant bien qui domine, et qui s’offre…
Je balaye à nouveau la pièce, mes yeux se portent à nouveau sur Alya dont les cordes ont presque fini de l’habiller. J’ai un haut le cœur émotionnel: un mélange de peur panique de Le perdre, mêlé à l’envie de Le retrouver. Je ressens Son absence dans chaque parcelle de mon corps, chacun de mes atomes me hurlent que je voudrais L’avoir près de moi.

J’ai besoin d’air, besoin de quitter cette pièce où la musique joue avec ma fibre émotive, cette pièce où je réalise combien les choses ont changé, et peut être définitivement.
Je me redresse, avance d’un pas incertain vers l’escalier et me rue dehors chercher une bouffée d’air frais, neutre. Vide de tout. Sans émotion.

Ce n’est pas tant le lieux que je cherche à fuir que moi-même. Impossible.

Je prendrais bien 20 minutes avant de remonter. Alya n’est plus dans les cordes lorsque je réintègre l’étage. J’ai raté la fin de son encordement et sa suspension. J’en suis navrée, mais je n’aurai pas pu tenir plus longtemps tant je me sentais envahie d’émotions.

Je me rassois au sol, et continue d’observer les différents pratiquants, ainsi que leurs différentes techniques.
Morphée est en train de suspendre une très jolie jeune femme, et je suis à la fois dans l’envie d’essayer à mon tour, et en même temps dans la crainte de ce que je pourrais ressentir.
Alya vient vers moi et me dit de lui demander, de ne pas avoir peur. J’ai du mal, l’heure se fait tardive, les gens commence à partir, la pièce se vide petit à petit… Finalement, je prend mon courage à deux mains, et lui fais ma demande, bien que je redoute qu’il ne soit trop fatigué par tout ce que lui-même a déjà offert.

Il y consent.

J’ai le sentiment de passer en mode automate lorsque je retire mes vêtements pour me mettre dans une tenue plus ad hoc pour me faire encorder.

Et la danse commence:

Je suis debout face à lui, il me fait doucement glisser à genoux au sol, et fait de même lui aussi. Face à moi. Je garde mes distances, un peu tendue, sur la réserve… Il s’approche de moi et me rapproche de lui, et me prend dans ses bras, calant ma tête au creux de son épaule.Je ne m’y attendais pas. Je peux ressentir son empathie, sa douceur. Il réussit doucement à m’amener dans son cercle, et je baisse petit à petit les barrages de mes barrières psychologiques. La connexion est établit.
Je ne me donne pas…Je m’aide, et il va m’aider à cela.

Il m’apparaît très important de faire une petite parenthèse ici pour remercier celle sans qui tout ceci ne serait pas possible non plus : Phoenix… Précieuse (et sublime aussi… Sourire) partenaire de Morphée Kinbaku qui voit à chaque fois ces connexions naître, ces émotions véhiculer, et qui partage, sans égoïsme.

J’imagine que cela ne doit pas toujours être évident pour elle : si tu lis mes mots belle Phoenix, sache que ce don que vous faites chacun envers d’autres est un précieux cadeau. Merci infiniment.

Donc, reprenons: Toujours à genoux, les cordes glissent fermement sur ma peau. Je les sens mordre ma chair, je sens mon sang bouillir doucement pour réussir à glisser vers mes extrémités. Et plus je sens ses cordes me fendre la peau, plus l’émotion grandit. J’en aime la sensation, la douce douleur libératrice… Et mon premier flashback arrive : chez N/nous, Sa corde jouant sur ma peau, ma première fois, la découverte, ma fierté de voir Ses marques de liens sur mes poignets, sur mes bras… Et la peur de ne plus être celle sur qui Il aura plaisir à jouer ainsi. Les larmes glissent sur mes joues. Fière soumise que je suis, je tente de les cacher, mais j’ai déjà les mains liées, je ne peux que baisser la tête.

Morphée qui vient de se placer face à moi les voit malgré moi. Il interrompt quelques instants son encordage, pour venir m’accompagner dans cette étape. Toujours la même douceur, la même empathie. Aucun geste maladroit. Il est sûr. Bienveillant.
Je m’excuse, il me redresse le menton, et me rassure en collant son front sur le mien. Pas un mot. Une présence bienveillante, prévenante et généreuse.

Et la danse des cordes reprend son cours.

Mains attachées, jambes repliées, j’ai conscience de tout mon corps. La douce douleur, la divine morsure de la corde m’enveloppe… et j’aime infiniment ça. Ce savant dosage d’étreinte, d’oppression sur mon corps, ce sentiment d’être comprimée, enfermée… et en même temps, incroyablement libérée de mes propres tensions, de ma propre prison.
C’est assez incongru de devoir expliquer ce sentiment d’évasion à être ainsi ligotée, enchevêtrée.
Libérer l’esprit avec le corps.

A mesure que le travail de Morphée progresse sur moi, mes émotions se libèrent, et je tente malgré tout, encore et toujours de garder le contrôle. Je ne dois pas faiblir. Je dois être forte. Je n’ai pas le droit. Je tiens, bon, je résiste, je lutte. Mais malgré tout, les larmes glissent, chaudes, rondes et nourries sur mes joues.
A chacune d’elles, Morphée m’accompagne: Une douce étreinte, une caresse réconfortante, un regard rassurant. Son empathie, sa compassion me touche et m’atteint : je m’autorise à lâcher prise un peu plus.

Je ne suis plus au sol, je suis suspendue, je ne regarde ni le sol, ni le plafond. Mes yeux sont clos, humides de larmes: j’évacue. Je sens la présence de Morphée qui s’affaire autours de moi, jouant de ses cordes pour me faire mettre tête en bas… Mon cœur s’emballe, je sanglote de plus belle.

Il n’y a pas de douleur physique: elle est présente, en tension ici et là, mais tolérable (et j’avoue, délicieuse pour la maso que je suis, bien que je ne sois pas dans cet état d’esprit à ce moment là). C’est le poids de mon manque, celui de mes envies qui doucement se libère de moi… Ce sont mes doutes sur moi, sur ma peur d’avoir été insuffisante, celle d’avoir été oppressante, peut-être capricieuse… Ce sont les réalités d’aujourd’hui qui me sautent à nouveau au visage: tout nos bouleversements, tous N/nos accrochages, N/nos tensions des derniers mois… Le fait de ne plus savoir qui je suis pour Lui, et où se situe ma soumission…C’est l’envie de me mettre à genoux encore, à Ses pieds… C’est réaliser Sa fatigue, Sa vie aujourd’hui…Et c’est être submergée par la peur de le perdre encore une fois.

Et doucement, je glisse à nouveau vers le sol. Son contact dur et froid est rapidement contrebalancé par la présence de Morphée qui accompagne ma redescente physique et psychologique, encore une fois, avec toute la bienveillance qui l’a caractérisé tout au long de ce moment que nous avons partagé.
Je suis prise de tremblements : mon corps reprend soudainement conscience de sa présence physique, et mon esprit se permet enfin d’évacuer une partie de ce que je garde enfouit en moi…

Je reprends contact petit à petit avec le monde qui m’entoure. Un peu gênée d’avoir l’impression de m’être trop laissée aller, reconnaissante de cette première expérience si réussie, si intense.
Admirative pour l’empathie, la douceur, l’accompagnement dont Morphée a su faire preuve. Merci pour ce partage.

Et je souris… Ce moment où j’étais seule, suspendue, la corde glissant parfaitement à toute proximité de ma chair, la mordant, la brulant…Il était avec moi, dans chacun de ces instants…dans mon désir de Le retrouver, dans mon envie de Lui partager, dans N/nos souvenirs. Je L’ai senti avec moi dans chaque infime partie de mon corps et de mon âme.

Et, non sans avoir remercier Morphée, mes amis chers Alya et son époux, et nos hôtes pour cette soirée très réussie, je reprends la route vers chez moi, un peu plus légère, mais toujours très sensible.
Je regarde mes poignets, mes bras, j’y vois les traces de cordes, profondes, magnifiques… et j’oscille entre la culpabilité et le désir.
Coupable qu’elles ne soient pas les Siennes.
Et violemment désireuse de Les retrouver .

Une fois rentrée, je me glisse dans mes draps, avec l’appréhension mêlée à l’envie de pouvoir Lui partager tout ceci…
La redescente fut assez longue et difficile. Me poussant à travailler sur moi, beaucoup.

Une chose en amenant une autre, puis une autre, et encore une autre… Arriva Samedi.

Mais ça, ça fera l’objet d’un autre article.
Bientôt.
J’espère.

Ittekimasu




5 réflexions au sujet de « 07/06/2019 : Partages & Cordes »

    • « chaudes, rondes et nourries ».
      Merci pour ta libération que tu partages avec nous, merci d’avoir osé t’abandonner dans ces Cordes. Je rêve de cette Etreinte, d’accepter de ne plus lutter, de cesser d’essayer de rester debout.

      Ici aussi c’est l’inondation. Juste un robinet qui fuit, évacuant l’excès de ma vie, l’excès de ma violence, l’excès d’amour que je reçois mal…

      Le raz-de-marée s’enclenche et si je ne contrôlais pas, je hurlerai jusqu’à ce que ma voix s’éteigne, je hurlerai jusqu’à ce que je meure, pour renaître libérer de mes entraves psychiques.

      Mais si je fais cela, je perdrais trop et j’ai appris à contenir, à protéger ceux que j’aime de qui je peux être.

      Je continuerai à contenir. .. pte un jour je pourrai à nouveau ouvrir la cage 😎

  1. Les chaînes libèrent la liberté enchaîne… Que ces mots sont forts de sens… Merci pour ce merveilleux partage et j’espère que la prochaine fois tu pourras faire une bulle et laisser tout le reste de côté pour encore plus vivre ton moment… Merci pour ton partage ma chérie qui est fort très fort mais rude aussi de sentir ta douleur…

  2. Bravo Sakura,
    Vous avez eu raison de vous lancer et je constate avec plaisir que la reconnection avec soi-même n’est pas loin de la surface.
    J’espère que vous continuerez à pratiquer, l’encordage est un merveilleux vecteur d’abandon.
    S.I.

  3. Merci j’aime vous lire, même si je ne fais pas partie de votre monde. Vos partages sont toujours très intenses et intéressent. Dans votre récit on ressent vos émotions et vos ressentis.

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