La pause D/s: Ca change quoi? (2/3)

« Tout est changement, non pour ne plus être mais pour devenir ce qui n’est pas encore. » – Epictète

Ca change quand même pas mal de choses, je ne vais pas vous mentir.
Au début c’est un vrai Tsunami… Ça submerge, on a le sentiment de se noyer… Puis petit à petit on se rend compte que finalement on sait nager… Tous les deux. Et que c’est à deux qu’on nage vers la rive…
Bien évidement, c’est toujours sous couvert de mon vécu, de mon expérience. Je n’ai pas vocation à connaitre comment cela se passe chez d’autres (je vous invite d’ailleurs à me laisser en commentaires vos propres expériences afin de pouvoir combler au mieux cette absence de témoignages…).
Cela ne se passe pas en un claquement de doigts non plus: pour moi, pour N/nous, ça s’est fait par étapes, progressivement. Ca n’en est pas plus facile pour autant… Ni pour Lui, ni pour moi.
Mais chaque jour, on se doit de s’adapter à la situation nouvelle.

Plusieurs points changent et, en premier lieu, Lui. Celui qui en l’occurrence a imposé/proposé/eu besoin de la pause.
Ensuite le couple D/s lui-même se transforme vers ce nouveau couple… où chacun tente, parfois avec difficultés de trouver ses repères.
Puis, à son tour, la personne qui accepte la pause commence à y trouver ses repères.
Et vient alors cet autre équilibre. Ce nouveau nous qui n’est plus ce N/nous, mais qui offre d’autres choses, d’autres moments… Parfois surprenants.

Ce que Vous lirez ci-dessous me concerne, nous concerne. Tel que moi je l’ai vécu et le vit aujourd’hui. Comme je l’ai déjà dit, cela n’a pas vocation à être la règle générale. Juste c’est ce que nous avons traversé. Ensemble.

Quand Lui change

Bien évidemment, ça n’arrive pas comme ça, un beau matin, au réveil. Ce n’est pas une lubie, ni une envie soudaine. C’est réfléchit. C’est une conséquence d’une multitude de petites choses et de certaines bien plus importantes. Certaines sont liées directement à N/nous, d’autres y sont totalement étrangères.
Un besoin de se mettre en pause qui s’est déjà plus ou moins manifesté dans le temps depuis « l’annonce du changement »: Il est préoccupé, inquiet. Il est là, mais parfois ailleurs. Ses besoins Dominant semblent prendre moins de place.
Il a moins de temps, moins de disponibilités.

Ceci bien sûr ce que je ressens, fonction de ce qu’il m’a partagé également.

Il traverse tout un panel d’émotions… Des moments difficiles qu’il me partage. Il se confie à moi, sur ses préoccupations, sur Lui, sa vie, son parcours. Je le découvre autrement. Je vois l’homme derrière le Maître.

Des jours où il se referme, d’autres où il s’ouvre.
Des jours où la fatigue prend le pas sur le reste.
A chaque fois, s’adapter…

Les échanges du quotidien sont bien plus sages, bien plus classiques. Ils sont plus accès sur le quotidien. Ce que chacun de nous fait, ou ce dont il a envie. Les rituels ont disparus. Plus de salutations au réveil, plus de tenue du jour… Plus de demande d’autorisation pour sortir, pour porter un pantalon… Ca peut sembler idiot… Mais c’est ce à quoi Il m’avait habituée, ou formatée. Ce qui rythmait mon quotidien.
Comme si aujourd’hui cela n’avait plus de sens, plus d’importance.
Je me doute qu’en effet, cela n’en a plus.

Je le lis, je l’observe. Je tâtonne parfois ne sachant pas dans quel état d’esprit je vais le trouver à mon arrivée. J’ai peur d’être maladroite, de ne pas réussir à être celle qu’il faut ou celle qu’il souhaite, j’ai peur de m’imposer, d’être de trop…

Le temps passe, la fatigue s’installe, les soucis sont bels et biens présents et justifiés. Je le sais, et je fais au mieux pour le comprendre, pour Lui offrir autre chose, même si cet autre chose est totalement différent de ce que j’ai pu connaître jusqu’à présent. Parce que ma priorité reste la même pour moi : Son bien-être, et par la même, le mien. Et encore plus dans ces moments difficiles.

Il me partage beaucoup de choses. De l’ordre de l’intime. Cela me touche profondément et en même temps me déstabilise car je ne suis pas habituée à ce qu’il s’ouvre autant à moi. Mais j’aime ça. Quelque part, là… Je sens que je fais partie de Lui.

Nos moments sont plus intimes… Plus Vanille. La tendresse est très présente. Dans ses gestes, dans ses regards, et même dans certains de ses mots. Il y aura des échanges qui me marqueront. De beaux mots gravés dans mon esprit, à jamais. Et d’autres moments plus difficiles, mais qui permettent d’avancer.

Les séances s’espacent et disparaissent finalement pour laisser place à des instants épicés. Simplement car son emprise sur moi n’est plus la même. Mon besoin de soumission existe toujours mais ne trouve pas écho en Lui. Bien que parfois… Il sache me surprendre.

Son emprise sur mon esprit, telle que je l’ai connue, la force de son âme si présente dans la mienne, Sa présence réfléchie dans chacun de mes gestes, de mes actes, finit doucement par s’estomper avec le temps… C’est effrayant, déroutant… Simplement car dans cette période là, je pensais qu’en perdant cela, nous nous perdions nous. Définitivement.

Il faut se rendre à l’évidence la pause est manifeste: Il n’est plus dans un état d’esprit D/s.

Ce que devient le couple D/s

Le couple en lui-même évolue. Le premier constat à faire, et il est d’importance: même si il y a pause… Notre couple n’a pas explosé.
Il aurait pu. Nombreux sont celles et ceux qui m’ont recommandée de partir, que je n’avais plus ma place dans cette nouvelle « dynamique ».
Les heurts, incompréhensions, moments de colère ont existé. Lui non plus ne m’a pas fuit :Il aurait tout aussi bien pu choisir de se défaire d’un paquet encombrant pour choisir de vivre autrement ce qu’il avait à vivre.

J’appellerai ça le « temps d’adaptation »: celui qu’il faut pour digérer l’information qui vient bouleverser l’équilibre, notre équilibre.
Celui qu’il faut pour accepter la situation telle qu’elle se présente, et de façon irréversible.
Et chacun de nous voit son équilibre individuel chamboulé. De façon somme toute très différente pour l’un et l’autre, mais le résultat est là et bien là: aujourd’hui tout a changé. Aujourd’hui tout va changer. Plus rien ne sera comme avant.

Il faut donc, savoir fermer le livre de ce qui a été pour ouvrir un nouveau livre sur ce que nous serons. Reste à définir ce que nous serons. Et tout est à construire.. De nouveau, différemment.

Et il y a une phase de tâtonnements: celle où chacun de nous cherche où est sa place, dans ce nouveau schéma.
Que devient Sakura? Que devient Katsuo? Pour ma part je n’utilise plus le mot Maître, ni son nom en sa présence (bien qu’il le soit encore et toujours au plus profond de moi). J’utilise son prénom. Et cela n’a pas été facile.

De son côté.. Et c’est assez troublant finalement.. Il n’utilise plus ni Sakura ni mon prénom. Un point qu’il me faudra éclaircir.

Pendant un moment, on est encore dans l’attente… On interprète des signes qui n’en sont pas forcément, on croit parfois voir un retour possible, une fin à cette pause. On se projette. On espère.
Cette phase est à mon sens la plus difficile et la plus compliquée: une phase en montagnes russes émotionnelles où l’on a encore du mal à accepter ce qui vient d’arriver.

Le couple D/s reste malgré tout toujours un peu ce qu’il était, au moins au niveau des attitudes: lui qui dirige, sollicite et propose (mais n’ordonne-presque-plus) et moi qui attend de lui qu’il reprenne le contrôle… Serviable, obéissante et dévouée…

Une façon de ne pas tout perdre, chacun laissant aussi sa nature première entrer en équilibre avec celle de l’autre.

Ce nouveau couple doit se réapprendre, se redécouvrir.
Tout en pansant les blessures de chacun. Celles de l’égo: le sentiment d’injustice, la colère, le sentiment d’abandon ou de rejet, etc.

Et apparait petit à petit, au fil du temps un certains équilibre où chacun réussit à exprimer les choses pour faire avancer le couple et réussir à s’adapter.

Après 6 mois de pause, une chose est sûre et certaine pour moi: le couple D/s que N/nous étions auparavant ne pourra plus être exactement le même.
Trop de choses ont changées.
Sakura ne sera plus non plus exactement la même: elle aussi a évolué.
Et je pense, sans trop m’avancer, qu’il en est de même pour Lui.
Ca n’est pas forcément négatif et je reviendrais dessus dans mon prochain article.
Mais il y a un deuil à effectuer: celui de ce que j’ai pu vivre et découvrir, au profit de ce que je deviens et découvrirais peut-être. Différemment. Mais avec Lui.

Le lien existe toujours, et quelque part il s’est solidifié, confirmé, renforcé.
Chacun de N/nous ayant « tenu bon » malgré la situation.
Chacun de N/nous se rattachant à l’autre, quoi qu’il arrive.

Quand est-il de la soumise ?

Il m’est un peu plus facile de parler de moi au travers de mon vécu, que de parler de lui au travers de mes ressentis.

Moi… Et bien ça n’a pas été des plus facile. Et ça ne l’est pas encore toujours. Mais disons qu’avec le temps je m’apaise et je vois et vis les choses de façon différente.

Cela risque peut être de vous choquer, mais il y a eu tout un chemin de deuil à faire pour moi afin d’en arriver à cette stabilité émotionnelle, bien qu’un peu fragile tout de même.

Avec le recul, je m’aperçois que j’ai du traverser les 7 étapes du deuil :
– Le choc: étape la plus brève, celle qui suit l’annonce du « problème ». Le sentiment que le sol s’ouvre sous mes pieds, que mon cœur vient de s’arrêter. Et déjà les mille questions qui déboulent dans mon esprit.
-Le déni: ne pas vouloir y croire. Espérer une solution idéale pour chacun. Sans vraiment y croire pourtant, mais c’était quelque part peut-être rassurant psychologiquement pour moi.
– La colère: ce moment où l’on se dit « ce n’est pas juste! » Celui où on en veut à tout le monde. Ce moment où on a juste envie de tout envoyer valser et de foncer tête la première dans un mur pour éviter que les mille et une questions ne continuent de nous rendre folle…
– La tristesse: ces instants où je me suis sentie incroyablement vide de moi, vide de Lui, et où je ne trouvais pas d’issue possible. Où tout me paraissait trop sombre et sans issue possible, sauf celle que de partir et de le laisser vivre ce qu’il avait à vivre. Je n’avais plus ma place en tant que soumise, j’étais déchue de mon titre, redevenue une femme lambda parmi les autres.
-La résignation: quand finalement je me rends compte que j’ai bien trop besoin de Lui. Et que je préfère encore accepter la situation telle qu’elle est plutôt que le vide de son absence. J’arrête simplement de lutter contre moi-même, surement épuisée d’un combat que je sais perdu d’avance.
-L’acceptation: C’est savoir regarder derrière soi en se disant que ce que l’on a vécu est une étape vers autre chose. Savoir apprécier chacun de ces instants, en se disant que d’autres restent encore à vivre et à découvrir.
C’est se dire finalement que « rien ne se perd, tout se transforme », et se convaincre que tout ceci ne me détruira pas, mais me rendra plus forte.
– La reconstruction: cette étape je pense y être actuellement, bien qu’il m’arrive encore parfois de basculer dans la tristesse ou la colère, mais de moins en moins souvent. Donc une étape où je me réorganise, je me redécouvre. Autrement. Ma soumission est en moi, elle fait partie de moi.
Je n’attends rien de particulier, si ce n’est profiter du jour présent.

Et je pense que dans une autre mesure, Il est passé par les mêmes étapes…et je ne minimise rien de ce qu’il a traversé. Ce que j’en ai vu m’a également pas mal secouée.

Il y a bien évidemment encore des moments difficiles : ceux où je remets en question ce que je suis devenue, ne comprenant pas toujours ma place dans ce nouvel équilibre.
Ces moments où je me demande si Sakura existe encore si ce n’est dans cet espace virtuel ou dans mon souvenir… mais surtout et avant tout… Si elle existe encore pour Lui.

Et ces autres moments où l’envie tiraille et le manque s’impose et, est d’une violence rare. Je ne parle pas du simple manque de séance non. Le fouet ou le martinet viennent encore caresser ma peau de temps en temps, et je ne vais pas m’en plaindre loin de là.
Le manque est bien plus subtil, bien plus fin… Il est « Lui ». Le manque de Celui qui me guidait, qui me faisait évoluer, qui m’enveloppait dans mon quotidien, qui jalonnait mes jours et nuits.
Le manque de me sentir soumise à Lui, tout simplement… Ca, encore aujourd’hui, m’est toujours difficile.
Il m’arrive de m’imaginer le supplier de revenir à moi. Petit moment de faiblesse.. Sourire.. Mais je pourrais ramper au sol pour voir à nouveau cette lueur briller dans son regard…

Je ne dis pas que cela n’arrivera plus non plus. Pour le moment j’avance là où il me mène sans vraiment savoir où nous allons exactement. Parce que je lui fais confiance, parce qu’il est là. Toujours. Et malgré tout.

Même si beaucoup de choses ont changées, et que je perds pieds souvent devant toutes les portes qui se sont fermées à moi… j’essaie de me concentrer sur celles qui se sont entrouvertes.
Et de garder espoir.

(A suivre)

4 réflexions au sujet de « La pause D/s: Ca change quoi? (2/3) »

  1. Bonjour Sakura,
    Depuis de nombreux mois, je suis la progression de tes articles, je pense les avoir presque tous lus. Plusieurs fois je me suis retenue d’intervenir à propos de ceux-ci, mais je les trouve tous aussi réussis. Voila, j’étais obligée de dire un mot là dessus avant de commencer 🙂

    Cet après midi, je n’ai pas pu m’empêcher de réagir. Tu m’as donné les larmes aux yeux. Je suis dans la même situation que toi, mais depuis seulement un peu plus d’un mois. Je pense être dans la phase que tu nommes « tristesse ». Te voir aussi forte et réfléchie malgré ce que tu endures me laisse forcément admirative, j’espère pouvoir suivre tes pas et arriver à prendre rapidement ce même recul.

    J’ai juste envie de te dire merci. Merci pour les anciens articles que j’ai toujours eu plaisir à lire. Merci pour ton courage de partager cette épreuve. Merci pour ces mots, qui m’ont redonné de l’espoir.

    Je te souhaite que tout se termine au plus vite, je sais à quel point cette période peut être pénible.
    Bonne soirée 🙂

    • Bonsoir Célia
      Dans un premier temps, merci infiniment pour tes mots qui m’ont beaucoup touchée. Et je suis ravie que tu décide enfin de venir me parler (je ne mords pas, sauf si on me le demande…rire…)
      La pause est un moment difficile, où tout semble être remis en question, nous compris…Mais au vu de N/notre parcours en tant que couple D/s, j’ai pris le parti de me dire que chaque difficulté que N/nous traversons ensemble ne saurait nous détruire, bien au contraire. Elle nous rend plus fort, plus proche…Mais pas sans heurt, pas sans blessure…
      Si je peux me permettre un conseil, parle Lui de tout ce que tu ressens (dit celle qui en garde énormément pour elle!!! rires), si tu le peux. Cela évite à la colère de prendre trop de place… (si si, tu verras, elle arrive à un moment donné…rires)

      Et si je peux t’être d’un quelconque soutien, fais moi « signe » ici, et je viendrais vers toi par mail pour échanger.
      Et pour finir de façon plus générale (et sur une note positive aussi) : merci à toi pour le plaisir que tu me donnes à savoir que j’ai pu être utile.

      Je te souhaite également une pause assez brève, et te transmets toute mon amitié.
      Bises chaleureuses
      Sakura

      • Bonjour Sakura,
        Eh bien j’en suis tout autant ravie !
        J’ai pu voir en effet certaines phases de colère, à vrai dire j’oscille actuellement entre tristesse et colère, mais bon, comme tu le dis si bien, ce n’est qu’une phase à passer ^^
        Ta manière de penser révèle un énorme recul, que je ne pense pas être capable de prendre à l’heure actuelle, mais je garde assurément tes conseils dans un coin de ma tête ils me sont très précieux. De mon côté, m’ouvrir reste aussi difficile que pour toi visiblement, je préfère tout garder pour moi, par sécurité certainement, donc Lui parler n’est pas forcément quelque chose de facile, je me dis souvent que je n’ai pas à accentuer Son mal être par le mien….

        Si tu le veux bien, ça me ferait effectivement très plaisir de continuer cette conversation par mail avec toi.

        Merci pour tes voeux,
        Avec toute mon amitié également,
        Célia.

  2. Sakura,

    Encore une fois, je ne peux me montrer admirative de votre philosophie. Il est important de trouver une manière de pouvoir laisser échapper les mauvais sentiments qui peuvent nous prendre : le manque intense, l’injustice, les regrets, l’impuissance,…

    Pour ma part, il est parfois difficile de gérer ces moments d’intenses émotions. Je ne trouve pas les solutions. J’ai du mal à les exprimer et je les Lui exprime mal. Alors oui, il est important de les Lui exprimer, mais la forme est également importante. Et parfois, il est bon de prendre du recul face à ce qu’on veut dire et de se demander ce que ça apporte de le dire, tant pour Lui que pour soi. Sur ce plan, j’ai fait beaucoup d’erreurs et j’en ferai encore.

    Comme vous l’écrivez, pour espérer trouver un certain apaisement, le mieux est d’arriver à accepter la situation et tenter de se concentrer sur le positif.

    Comme il doit être dur de se retrouver dans le brouillard de votre relation. J’admire votre sang-froid dans cette épreuve. Je ne pense pas que j’aurais autant de dignité que vous.

    Vos derniers articles me font chaud au cœur. Il me tarde de continuer de vous lire.

    J’ai continué de retracé mon évolution sur mon blog, si l’envie vous dit.

    Merci pour vos écrits. Ils sont réconfortants et courageux.

    Ambre.

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