« Si….Tu seras un Homme mon fils » – Rudyard Kipling

 

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
 

Tu seras un Homme, mon fils.

« Si cette image « parfaite » de ce que doit être un homme dans son humanité toute entière, dans la ferveur de son être, il est certainement un des plus beaux poèmes du genre et l’écho qu’il laisse en chacun de nous, la résonance aussi, ne peuvent être que personnels malgré l’universalité du propos.
N’oublions pas ce « Si », ce conditionnel de départ  nous rappelle que nous sommes faillibles et à jamais en quête d’une perfection à la hauteur de l’image que nous avons de la dignité de l’homme, de l’humilité posée pour nous permettre l’ouverture à l’autre comme apprentissage de la nature humaine mais aussi en gardant ma maîtrise et l’estime de soi.
Et si être un homme accompli, adulte devait en passer par là pour acquérir, digérer ces valeurs en les appliquant à son propre chemin d’existence ? En faisant de la « pensée » un vecteur d’accomplissement et d’évolution au lieu de sotte rhétorique ? Tout en restant vrai, honnête et sincère pour mieux y parvenir… Sans pour cela tomber dans la crédulité aveugle et niaise, la flatterie,  la compassion pour soi-même à chaque obstacle dont notre chemin est jalonné. »

Aujourd’hui que je le relis, l’interprétation que je fais de ce poème est différente. Il n’est plus question de stoïcisme (Wikipédia : Le stoïcisme est un courant philosophique occidental qui, pour résumer, repose sur l’acceptation de ce qui ne dépend pas de nous). Nous sommes des êtres sensibles, nous ressentons le plaisir et la douleur.

Il est alors respectable d’exprimer ses émotions et ses peines. Toutefois, le texte appelle au courage de celui qui subit une épreuve. Bien qu’on ne choisisse pas la survenue d’un événement douloureux, d’une infortune ou d’une situation, on choisit comment y réagir au lieu de la subir et de s’apitoyer sur son sort. Même abattu par le destin, l’homme doit se relever pour redevenir souverain de sa vie.

C’est bien la capacité à faire face à l’échec qui est déterminante.

Et la capacité à l’assumer sans se chercher d’excuses: accepter le réel tel qu’il est. On ne peut pas toujours trouver d’autres responsables que N/nous pour N/nos erreurs.
L’attitude la plus courageuse à adopter , la plus respectueuse de soi et des autres consiste à dire : « Oui j’ai échoué! je ne souhaitais pas ce résultat mais c’est ce qui est arrivé! Comment puis-je réparer?« 

C’est le message que je retiens.

Mes humbles respects mon Maître.

Sakura

5 réflexions au sujet de « « Si….Tu seras un Homme mon fils » – Rudyard Kipling »

  1. Bonjour Sakura,

    Je voulais poster un commentaire sur l’article précédent mais je n’arrive plus à le retrouver. Je voulais te remercier pour ta transparence et pour ces partages qui sont, selon moi, très importants. Ils permettent de comprendre les risques et les erreurs que nous pouvons commettre dans cette relation très exigeante. Les dérapages peuvent être nombreux et bien souvent on mésestime le danger à la fois physique et moral de nos pratiques. Souvent (pas toujours), on ne trouve sur les blogs qu’une vision édulcorée de la relation D/s, faisant croire à tort que tout va toujours bien dans le meilleur des mondes. Or c’est loin d’être le cas, surtout quand on débute. Ton blog, comme ceux de certaines de nos soeurs de soumission, est honnête, transparent et ne cache rien. Tu décris à la fois tes bonheurs et tes souffrances et tu permets à d’autres d’apprendre et de se questionner. Pour cela, merci infiniement.
    Je retiens ta phrase : « Oui j’ai échoué! je ne souhaitais pas ce résultat mais c’est ce qui est arrivé! Comment puis-je réparer? » qui à elle seule résume toute l’attitude responsable qu’il faut avoir dans une relation, encore plus dans la notre. Etre dominant, c’est avoir des droits sur l’autre et avant tout des devoirs. Devoir de protection, de tendresse, de prévenance. Et c’est une chose qui s’apprend. Posséder une soumise n’est pas sans conséquence et le Maître est dans l’obligation d’être très exigent envers lui-même. Car après tout, on ne peut exiger de l’autre ce qu’on n’exige pas de soi-même. Si on attend de sa soumise qu’elle soit dévouée entièrement à son Maître, le Maître se doit de se dévouer entièrement à sa soumise. C’est un équilibre qui s’apprend à chaque échec, à chaque erreur.
    Les règles de sécurité sont incontournables et malheureusement, nous ne sommes pas des êtres parfaits. Nous trébuchons et il est essentiel d’en tirer les apprentissages indispensables. Par exemple, chez nous, l’alcool est une limite stricte : aucune séance, aucun instrument, rien, absolument rien sous alcool. Car la lucidité est mise à mal et le Maître ne peut en aucun cas se permettre de perdre une once de lucidité lorsqu’il est avec sa soumise. C’est une loi chez nous que nous respectons sans faillir (d’ailleurs, c’est le seul domaine où j’ai le droit (et le devoir) de dire fermement « non » à Maître )

    Merci encore une fois pour tes partages et tes mots. Je vous souhaite de trouver l’apaisement, le dialogue et une nouvelle manière d’avancer sur votre chemin.

    Tendrement,
    amazone, kajira de Maître Alpha

    • Bonjour Amazone,

      Merci pour ton commentaire qui me touche et me redonne de l’espoir dans l’être humain. On peut tout à fait s’exprimer sans porter de jugement vil et acerbe, sans blesser ceux qui le sont déjà. Et tu le fais avec panache, tout comme me l’a fait notre amie commune Anaëlle par email.

      Et je Vous remercie toutes les deux, ici, publiquement sur mon Blog, pour votre fidélité et votre soutien.

      J’ai en effet retiré la visibilité du texte de ma séance très difficile, non pas que j’ai honte, ou que je culpabilise… Mais pour arrêter le flot de propos injurieux à l’encontre de mon Maître.

      Je pars du principe que N/nous sommes deux dans cette relation,et que par conséquent, N/nous sommes deux à avoir commis fautes et non respect de l’autre.
      N/nous N/nous servirons de cette expérience pour en sortir plus fort, plus aguerris… Trébucher n’est pas une fin en soi. On se relève, on se tient la main, et on avance. Ensemble. Toujours ensemble.

      Nombreux m’ont invité à reprendre ma liberté suite à ça… Mais quelle piètre soumise je ferai si je baissai les bras à chaque obstacle !
      Il est Celui qui me convient, Celui qui me fera évoluer envers et contre tous. Et je n’ai cure des invitations ou autres jugements blessant.

      Personne ne sait mieux que N/nous qui N/nous sommes. Personne ne peut mieux N/nous comprendre que N/nous mêmes.
      Alors j’ai choisi la censure pour N/nous protéger tous les deux, plutôt que de continuer à N/nous blesser et je pense que tu pourras le comprendre.

      Cela prendra peut-être du temps, mais N/nous en sortirons grandit je n’en doute pas.

      C’est le risque encouru à écrire en toute transparence les chemins parfois difficiles de mon âme de soumise. La porte est ouverte aux jugements…

      Aujourd’hui ma confiance est intacte.
      J’espère que la Sienne l’est encore aussi.

      Le temps est N/notre allié, ainsi que N/notre amour.
      Et de ça, je ne doute plus.

      Encore mille merci ma douce Amazone,
      Je t’embrasse bien affectueusement,

      Au plaisir de te croiser ici ou chez Anaëlle.

      Et mes humbles respects à Maître Alpha.

      Sakura

      • Bonjour Sakura,

        Je suis heureuse de te lire 🙂 J’avoue, je m’inquiétais beaucoup pour vous.
        Oui, vous avancerez tous les deux, avec confiance. S’exposer ainsi est parfois difficile car les jugements sont faciles.
        Pour moi, il a y deux types de jugements : ceux issus de la frustration face à sa propre vie (avec des mots durs et une pensée très étriquée) et ceux issus d’une peur et d’une compassion pas toujours bien exprimée.
        Mais juger c’est oublier qu’à travers un blog, on ne peut pas connaitre intégralement les personnes. Les articles sont des extraits d’un vécu et offrent qu’une vision partielle de la réalité. Par contre, je comprends les élans du coeur qui ne veulent que protéger et aider, forcément avec maladresse.
        Je crois, pour avoir lu les commentaires sur l’article précédent, que certains d’entre eux étaient dans une démarche de protection vis-à-vis de toi. Tu es très entourée, belle Sakura…
        Et je comprends mille fois ta réaction ! Si on « attaquait » Maître, je serais vents debout, en mode guerrière impitoyable 🙂 On les aime nos Maîtres et on les protège.

        Ce dont nous avons besoin, c’est avant tout de soutien, de paroles libres et de partages d’expériences. Dire « ah zut, vous vous êtes fait mal. Voilà comment nous faisons, voilà nos pratiques, si ça peut aider ou vous donner des idées pour construire votre réalité » et pas « c’est inadmissible ». Certes ça peut l’être, mais on ne se trompe pas exprès… Et nos pratiques sont pleines d’écueils qu’on ne découvre que lorsqu’on s’est blessé en les percutant de plein fouet.

        Ça y est, je suis encore en train d’écrire un long commentaire. Je suis trop bavarde moi ! Prenez soin de vous, avec bienveillance et douceur. Voilà qui guérit tous les maux (et les mots 😉 )

        Tendrement,
        amazone, kajira de Maître Alpha

  2. Je suis désolée pour toi que tu ais du retirer le texte précédent, je n’ai pas eu le plaisir de te lire. Moi jamais je ne me permettrai de te juger, tu nous ouvre, ton cœur, ta vie et ton âme. Rien que pour ça je t’en remercie. Te lire me fais beaucoup de bien car je sais que je n’irais jamais aussi loin dans mes relations par peur et manque de courage ou d’occasion.

    au plaisir de te lire Pascaline

    • Bonjour Pascaline,

      Merci de ton soutien.
      Si tu souhaites parler de ton expérience, tes doutes ou tes craintes, ça sera avec plaisir que je pourrais peut-être t’éclairer et te guider…

      Es-tu toi même soumise ou c’est un désir que tu refoules pour le moment ?

      Si le mode public te gêne nous pouvons échanger par mail également.

      Au plaisir de te lire et de te découvrir.

      Je t’embrasse.

      Sakura

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