Quand vient la fin du voyage

« Les Liens invisibles laissent les marques les plus profondes » – Isabelle Sorente

Je l’ai longtemps redouté cet article.
Et pourtant, aujourd’hui je dois l’écrire.
Je l’ai imaginé, je savais ce que j’y écrirais si jamais ce jour arrivait… Et pourtant, aujourd’hui je suis devant mon écran, devant le vide infini que j’y vois, et qui reflète aussi cette sensation de vide que je ressens.

Oui, vous l’aurez compris: La sentence est tombée, le glas a sonné.
J’ai été libérée.
Plus exactement, Il a libéré la soumise pour ne garder que la femme.

La soumise pleure cette liberté rendue, son cou qui restera définitivement nu, et le Maître qu’elle n’aura plus non plus.
La femme doit réapprendre à être ce qu’elle était auparavant. Peut-être différente.

Le déni :

J’ai, j’avoue encore beaucoup de mal à l’admettre. Et j’ai ce sentiment de vide intense, d’avoir perdu ma place, ma raison d’être celle que j’étais devenu par Lui, grâce à Lui…

Je me sens dévastée, vidée de mon essence, punie pour quelque chose dont je ne suis pas responsable.
Par la force des choses, j’ai perdu mon Maître.
J’ai perdu Celui qui m’entourait, qui me guidait, qui m’accompagnait dans mon quotidien, qui tenait mon esprit en alerte, qui attisait mon âme…
Je dois fermer aujourd’hui le livre de ce que N/nous étions pour en écrire un autre de ce que nous serons.

Je sais que rien n’est jamais figé, rien n’est jamais acquis non plus. Que demain est incertain, et peut nous réserver des bonnes comme des mauvaises surprises. Sauf qu’aujourd’hui je ne veux plus m’autoriser à attendre ou espérer.
Le message a été clair, nous ne retrouverons pas ce que nous avons vécu.
Peut-être trouverons nous autre chose, ou peut-être que cela nous éloignera. Je navigue à l’aveugle, avec la peur au ventre d’avoir perdu plus que je ne l’imagine.

Alors je regarde ces 2 années et demi que j’ai couché ici, que je vous ai partagé au fil des jours, des mois, des années.
Ce fut une belle histoire. Parfois difficile, parfois compliquée, mais bien souvent merveilleuse, surprenante, enrichissante. Faites d’instants mémorables, que je ne souhaite pas effacer de ma mémoire, mais que je dois aujourd’hui regarder de loin, sans plus m’y projeter.
Je les regarde avec nostalgie, avec la boule au ventre, et la gorge serrée, car cette vie fait aujourd’hui parti de mon passé.

Je ne suis plus Sa soumise. Je ne Lui appartiens plus. N/notre lien ne sera plus tenu par cette symbiose qui N/nous liait l’un à l’autre, et qui me nourrissait, m’épanouissait.

Game over. La partie est finie.

Insert Coin:

Mais tout n’est pas perdu. Je ne suis plus Sa précieuse soumise, Son Essentielle… Je deviens sa compagne de l’ombre, ce terme que je n’aime pas, tant il est pour moi de moindre valeur en rapport à celle que j’ai pu être, et pourtant qui aujourd’hui me caractérise: « sa Maitresse ».
Et même si je ne le perds pas, qu’il reste présent dans ma vie, dans nos échanges quotidiens, j’ai toutefois conscience de ce que j’ai perdu.

Aujourd’hui j’ai peur, peur que ce côté moins en lien l’un à l’autre ne vienne défaire définitivement ce que nous avions construit ensemble.
Peur qu’il ne se lasse.
Peur de perdre toute saveur.
Peur de ne plus réussir à le satisfaire.
Peur de devenir invisible.

Je n’ai plus rien de particulier à lui offrir si ce n’est celle que je suis au quotidien. Une « Madame Tout Le Monde », certes jolie et pas trop bête, mais plus celle qui se donnait cœur, corps et âme…
Il me faut trouver un juste équilibre, sans perdre le mien non plus.

Comme je l’ai toujours dis par le passé: un jour après l’autre, un pas après l’autre. Mais la blessure en moi est immense, et le sentiment de rejet est douloureux.

En colère:

Aujourd’hui, et ce malgré tout le respect que j’ai encore et toujours pour Lui, je suis en colère.
J’en veux à la terre entière. Simplement car je trouve cette sentence injuste. Elle est certes la conséquence de Ses changements de vie, auxquels aucun de N/nous deux ne s’attendait. Mais je ne pensais pas en arriver là, à devoir rendre mon collier.
Je me sens tel un dommage collatéral, sacrifiée par voie de conséquence, et oui, je l’admet : je trouve ça injuste!
J’ai donné, je me suis adaptée, j’ai patienté avec certes peut-être quelques moments difficiles où mon impatience brûlait, je n’ai probablement pas été parfaite, mais comment l’être en de pareilles circonstances… Mais j’ai essayé, et de mon mieux. Et pourtant aujourd’hui je vis ma libération comme une punition. La punition ultime.
Avec en moi ce sentiment de ne pas avoir été à la hauteur pour réussir à N/nous maintenir en lien. N/notre lien.
Avec le sentiment d’avoir été désavouée.

Je m’en veux à moi de n’avoir pas su taire mes envies ou mes besoins.
De les Lui avoir parfois imposés, alors qu’Il n’était pas en mesure de me les offrir, engendrant probablement une frustration de Son côté.

Je lui en veux de ne pas savoir (ou vouloir) m’exprimer ses ressentis, ses émotions, n’ayant alors aucun moyen de savoir ce que Lui ressent face à cette annonce. J’ai peur qu’il ne se ferme plus encore qu’avant si cela est possible.

Je ne sais pas encore comment gérer cette colère qui gronde en moi, et que je reporte sur moi car je ne veux pas la Lui retourner… Elle s’apaisera avec le temps, quand le temps du deuil sera terminé.

Ma soumission :

Je suis une soumise, même si je ne suis plus Sa soumise.
C’est en moi. Et c’est Son œuvre. Et pour ce qu’Il m’a fait découvrir et apprendre de moi-même, je Le remercie…. et cela fera probablement l’objet d’un futur article, plus tard.

Mais je réalise que non, je ne me mettrais probablement plus à genoux sur mon tapis, que non, mon collier n’ornera plus mon cou, que je ne prononcerais plus le mot « Mon Maître », que je ne Lui dirais plus « Vous »… Que je n’aurai plus besoin de Lui donner mon numéro, celui qu’Il m’avait donné…
Que mon côté maso ne sera plus aussi érogène en dehors de N/notre lien.
Toutes ces petites choses qui faisait de Sakura… Sakura, la soumise de Maître Katsuo.

Mais voilà, parce que c’est Lui, et qu’Il jalonne ma vie depuis de nombreuses années au delà de ses 2 ans et demi à Ses pieds, parce que c’est N/nous, ce que N/nous avons été et dont je ne saurais me défaire facilement, je ne saurais offrir ce don à un autre que Lui.

Un livre se ferme ici aujourd’hui. Un livre aux chapitres riches, profonds où l’Amour aura mené l’histoire de bout en bout.

Un nouveau s’ouvre à nous. Et, même s’il est différent, j’espère réussir à l’écrire aussi bien. Tant qu’il saura encore me donner l’encre pour y coucher les mots et agiter ma plume.

Un jour on m’a dit  » Tu sais, les cerisiers ont fini par refleurir après Hiroshima. Un autre jardinier s’occupera de Sakura : même si c’est un Katsuo non Maître ou un Maître non Katsuo » ( Merci C. l’image est belle).

Ne pas espérer, juste laisser le temps faire ce qu’il a à faire.

6 réflexions au sujet de « Quand vient la fin du voyage »

  1. Joli mot, de l’humour, de la douleur, un refus et un accord difficile, des sentiments ressentis et toujours cette force perçue en toi.

    Sais tu que les fruits qui souffrent pendant la maturation notamment d’un manque d’eau, sont bien meilleurs à la dégustation ?

    Et un arbre qui a vécu des moments plus difficiles pendant sa croissance endurera mieux les avaries du temps à venir?

    Sois fière de toi jolie Fleur de cerisier, tu établis des faits dans ce texte, sans accuser personne, sans reprocher la situation à qui que ce soit, simplement parce que tu fais partie des belles personnes et que tu acceptes ce qui t’es offert sans demander plus. Je trouve cela magnifique.

    Un câlin et des bras amicaux pour te soutenir.

    Chloé

  2. Je suis navrée pour toi de cette nouvelle, je sais comme c’est difficile la fin d’une relation D/s.
    Je te soutiens de tout mon cœur et je suis à ta disposition si tu as besoin de parler.
    Gros bisous

  3. Votre plume va nous mmaquer. J’ai toujours eu un enorme plaisir à lire vos mots. Autant par votre dextérité à les choisir, les mettre ensemble, que par le sens que vous leurs donniez. Ce fût une belle histoire que de découvrir vos reflexions. J’espère qu’il y aura une suite uniquement pour pouvoir profiter de vos.

    Au plaisir…
    Cordialement

    Byke

  4. Je suis triste pour vous, car on sentais comment vous vous épanouissiez et le bonheur de votre relation. J’espère que cette nouvelle évolution dans votre relation sera vous apportez un bien être, je comprends votre colère. Je pense qu’elle vous ai nécessaire, mais à mon avis vous devriez en parler ensemble, pour vous soulagez, cela ne devrais pas changer sa façons de vous voir. Vous nous avez toujours décrit un homme sensé et intelligent. Je vous souhaite beaucoup de courage et espère avoir de vos écrits pour nous rassurer.

    Avec mon amitié. Calou

  5. Chère Sakura,

    Votre écrit m’a beaucoup touché. J’ai mis longtemps avant de le commenter. Je me suis projetée bien malgré moi dans vos mots et cela m’a fait peur. Oui, car je redoute trop le jour où le Lien ne sera plus ou ne pourra plus.

    Je relis cet article et les mêmes émotions me reviennent lors de la première lecture. Et je vous admire par votre force et votre courage. « Ce qui ne te tue pas, nous rend plus fort ». Les blessures de l’âme sont parfois les plus difficiles à appréhender.

    Comme vous le dites, le temps fera son oeuvre et vous retrouverez un nouvel équilibre.

    Merci pour ce blog, riche en contenu, que je ne manquerai pas de venir consulter à l’occasion.

    Avec beaucoup de bienveillance et d’ondes positives,

    Ambre

Laisser un commentaire